Près de trois décennies de révolution vidéoludique
La saga Grand Theft Auto est bien plus qu’une simple série de jeux vidéo. C’est un phénomène culturel qui a façonné l’industrie du divertissement pendant près de trente ans, vendu plus de 425 millions d’exemplaires et redéfini à chaque épisode les limites du possible dans un jeu en monde ouvert. Retour sur l’histoire complète de la franchise la plus iconique du jeu vidéo.
Les origines : GTA 1 et GTA 2 (1997-1999)
Tout commence en 1997 lorsque DMA Design, un petit studio écossais basé à Dundee, publie le premier Grand Theft Auto. Initialement intitulé « Race’n’Chase » pendant son développement, le jeu adopte une vue du dessus et propose une liberté d’action inédite dans un monde ouvert urbain. Le joueur peut voler des voitures, accomplir des missions pour différents gangs et explorer trois villes fictives : Liberty City, San Andreas et Vice City.
Le jeu fait l’objet d’une controverse immédiate en raison de sa violence et de sa thématique criminelle. L’éditeur BMG Interactive joue habilement de cette polémique pour promouvoir le jeu, qui se vend à plus d’un million d’exemplaires. Le concept de liberté totale dans un monde ouvert criminel est né.
Grand Theft Auto 2, sorti en 1999, peaufine la formule avec des graphismes légèrement améliorés et un système de gangs rivaux plus élaboré. Le jeu se déroule dans une ville rétro-futuriste appelée Anywhere City. Bien qu’il reçoive un accueil correct, GTA 2 est considéré comme une évolution incrémentale plutôt qu’une révolution.
La révolution 3D : GTA III, Vice City et San Andreas (2001-2004)
Grand Theft Auto III (2001)
Le 22 octobre 2001, Grand Theft Auto III sort sur PlayStation 2 et bouleverse à jamais l’industrie du jeu vidéo. Pour la première fois, GTA passe en 3D complète, offrant un monde ouvert tridimensionnel d’une liberté sans précédent. Liberty City, inspirée de New York, est un terrain de jeu vivant et crédible. Le protagoniste muet, Claude, évolue dans un récit de vengeance et de trahison qui traverse les différents quartiers de la ville.
Le succès est colossal : plus de 14 millions d’exemplaires vendus et une pluie de récompenses. GTA III établit le modèle du jeu en monde ouvert moderne et inspire des dizaines de concurrents pendant les années suivantes. Le jeu fait également l’objet de vives critiques de la part de groupes de pression opposés à la violence vidéoludique, notamment de la part de l’avocat américain Jack Thompson.
Grand Theft Auto: Vice City (2002)
Un an seulement après GTA III, Rockstar publie GTA Vice City, qui transporte les joueurs dans un Miami fictif des années 1980. Le protagoniste Tommy Vercetti (doublé par Ray Liotta) est un mafieux ambitieux qui bâtit un empire criminel dans une ville baignée de néons pastel et de musique synthétique.
Vice City est un chef-d’oeuvre d’ambiance. Sa bande-son légendaire, comprenant des titres de Michael Jackson, Blondie, Flock of Seagulls et Phil Collins, est considérée comme l’une des meilleures de l’histoire du jeu vidéo. Le jeu introduit également la possibilité d’acheter des propriétés et de gérer des entreprises, ajoutant une dimension stratégique à la formule GTA.
Grand Theft Auto: San Andreas (2004)
GTA San Andreas repousse encore les limites avec un monde ouvert gigantesque englobant trois villes (Los Santos, San Fierro, Las Venturas) et de vastes zones rurales. L’histoire suit Carl « CJ » Johnson, un jeune homme des quartiers défavorisés de Los Santos qui revient chez lui après la mort de sa mère pour découvrir son gang en déclin.
Le jeu introduit un système de personnalisation du personnage révolutionnaire : CJ peut modifier son physique (musculation, prise de poids), ses vêtements, sa coiffure et ses compétences. Les activités secondaires sont pléthoriques : vélo, basket, billard, casino, danse… San Andreas se vend à plus de 27 millions d’exemplaires et reste pour beaucoup de fans le sommet de l’ère PS2 de la franchise.
Les extensions et spin-offs (2004-2006)
Rockstar ne se contente pas des épisodes principaux. GTA Advance (2004) propose une aventure en vue du dessus sur Game Boy Advance. GTA Liberty City Stories (2005) et GTA Vice City Stories (2006) offrent de nouvelles histoires sur PSP (puis PS2), explorant les prequels de GTA III et Vice City. Ces épisodes portables, bien que plus modestes, maintiennent la franchise vivante entre les grandes sorties.
L’ère HD : GTA IV et ses extensions (2008-2009)
Grand Theft Auto IV (2008)
Le 29 avril 2008, GTA IV marque l’entrée de la franchise dans l’ère haute définition. Le jeu abandonne le ton cartoon de ses prédécesseurs pour une approche plus réaliste et mature. L’histoire suit Niko Bellic, un immigrant serbe venu chercher le rêve américain à Liberty City, pour y trouver corruption, violence et désillusion.
Techniquement, GTA IV est un tour de force. Le moteur RAGE (Rockstar Advanced Game Engine) et la technologie Euphoria offrent des animations physiques réalistes jamais vues auparavant. Liberty City est recréée avec un souci du détail obsessionnel, chaque quartier ayant sa propre personnalité architecturale et sociale. Le jeu reçoit des notes quasi parfaites de la presse spécialisée et se vend à plus de 25 millions d’exemplaires.
The Lost and Damned & The Ballad of Gay Tony (2009)
GTA IV bénéficie de deux extensions majeures qui enrichissent considérablement l’univers du jeu. The Lost and Damned suit un gang de motards, tandis que The Ballad of Gay Tony plonge dans la vie nocturne de Liberty City. Ces deux épisodes, plus tard regroupés sous le titre « Episodes from Liberty City », démontrent la capacité de Rockstar à raconter des histoires interconnectées dans un même univers.
Le phénomène GTA V et GTA Online (2013-2025)
Grand Theft Auto V (2013)
Le 17 septembre 2013, Grand Theft Auto V sort sur PS3 et Xbox 360 et pulvérise instantanément tous les records de l’industrie du divertissement. Le jeu génère 1 milliard de dollars en trois jours, un exploit inégalé à l’époque. L’innovation majeure réside dans ses trois protagonistes jouables : Michael De Santa (ex-braqueur en crise existentielle), Trevor Philips (psychopathe imprévisible) et Franklin Clinton (jeune ambitieux de South Los Santos).
La carte de San Andreas, centrée sur la métropole de Los Santos (Los Angeles), est la plus vaste et la plus détaillée de la franchise. Les braquages élaborés, la satire acerbe de la culture américaine et la qualité narrative élèvent GTA V au rang de chef-d’oeuvre unanimement salué par la critique et le public.
GTA Online : la poule aux oeufs d’or
Deux semaines après le lancement de GTA V, GTA Online ouvre ses portes et transforme radicalement le modèle économique de la franchise. Ce mode multijoueur en monde ouvert, alimenté par des mises à jour régulières et des microtransactions (Shark Cards), devient une machine à revenus colossale. Au fil des années, GTA Online génère des milliards de dollars de revenus récurrents, permettant à Rockstar de financer ses futurs projets sans pression commerciale.
GTA V est ensuite porté sur PS4 et Xbox One (2014), PC (2015) et enfin PS5 et Xbox Series X|S (2022), accumulant des ventes totales de plus de 200 millions d’exemplaires. C’est le troisième jeu le plus vendu de tous les temps, derrière Minecraft et Tetris.
La nouvelle ère : GTA 6 (2026)
Après plus d’une décennie d’attente, Grand Theft Auto VI s’apprête à écrire le prochain chapitre de cette saga extraordinaire. Situé dans l’État fictif de Leonida (inspiré de la Floride), le jeu met en scène Lucia et Jason, un duo de protagonistes dont l’histoire d’amour et de crime promet une narration plus mature et plus intime que jamais.
Avec un budget estimé entre 1 et 2 milliards de dollars, des technologies de pointe et l’ambition de redéfinir une fois de plus les standards du monde ouvert, GTA 6 porte sur ses épaules l’héritage de près de trente ans d’innovation. La sortie est fixée au 19 novembre 2026 sur PS5 et Xbox Series X|S.
L’héritage de Grand Theft Auto
La saga GTA a profondément marqué la culture populaire et l’industrie du jeu vidéo. Elle a inventé le concept moderne du jeu en monde ouvert, repoussé les limites de la narration interactive, généré des milliards de dollars de revenus et suscité des débats sociétaux sur la violence dans les médias. De DMA Design à Rockstar Games, de la vue du dessus de 1997 au photoréalisme de 2026, Grand Theft Auto reste la franchise qui définit chaque génération de jeux vidéo. Et avec GTA 6, la légende continue.